Mardi 23 mars 2010 2 23 /03 /Mars /2010 18:53

  A l’origine

 

 

 

Lyyv avait l’impression que son cœur allait exploser. Le stress lui faisait une boule dans la gorge, son ventre la brûlait. Elle fixait le directeur de l’école qui, calmement, énumérait une liste de nom. Elle attendait le sien. Les appelés montaient tour à tour sur scène, le sourire aux lèvres. Enfin, elle entendit l’appel de sa section. Le directeur commença :

-Passons à la section astro-navigateur :

Lyvv n’entendait plus rien, l’angoisse lui brouillait la vue. Il ne lui parvenait que des sons diffus. Soudain, elle entendit son nom. Elle avança comme un automate vers l’estrade. Le directeur se fendit d’un sourire. Elle franchit les marches en se forçant de ne pas trébucher. Son regard allait de l’estrade aux parents assis ici pour assister à la remise des diplômes de leurs enfants. Elle voyait son père et sa mère, au fond de la salle. Ils souriaient. Sa mère, dans sa robe à reflets numériques et son père, dans son éternel costume en laine. Elle, les cheveux noués en chignon et lui, la peau abîmée par une mauvaise greffe de plasti-peau. Lyyv soupira ; elle était partagée entre la joie de les voir ici et la crainte de les voir déçus. Ils étaient tellement fiers d’elle, tellement sûrs qu’elle allait réussir. Mais elle, elle avait beau être une excellente élève, elle n’était pas plus à l’abri d’une catastrophe qu’un autre. Elle finit par atteindre le pupitre derrière lequel le directeur l’attendait. Il la fixa pendant une seconde. Une seconde interminable et il finit par dire :

-Mademoiselle, j’ai l’extrême honneur de vous remettre ce diplôme par lequel il est stipulé que vous avez été affectée dans le vaisseau Agena. Voici la fiche indiquant le lieu et le l’heure de votre embarquement. Et enfin, félicitations car vous avez obtenu la meilleure mention ! Merci d’avoir choisi notre établissement et bonne chance !

Elle sourit. Il n’existait qu’un établissement qui formait les pilotes de vaisseaux spatiaux, autrement dit, les astro-navigateurs, et comme toutes les universités d’Emeranova il se situait à Oclaas, la capitale universitaire de cette planète. Le choix n’avait pas été difficile, le tout avait été de réussir le concours d’entrée. Elle se souvint de la joie libératrice et du bonheur qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait su qu’elle avait réussi. Une fois inscrite, les dix années d’études pour devenir pilote de vaisseaux spatiaux étaient passées comme dans un rêve car malgré le niveau élevé des cours, l’université était une merveille. Entre les heures de cosmographie, d’exoplanétologie, de mathématiques informatiques, de simulation de pilotage, de physique quantique… Lyyv n’avait pas vu passer les années. Elle s’était faîte peu d’ami, trop plongée dans ses études. Quand les vacances arrivaient, Lyyv était presque déçue. Elle quittait l’internat de l’université et rejoignait l’appartement de ses parents à la campagne. Elle était toujours étonnée de voir qu’il y avait deux chambres chez ses parents. Peu de personne sur Emeranova pouvait se vanter de posséder plus d’un studio. Une fois chez elle, elle étudiait et quand elle avait tout appris, même ce qui n’était pas à connaître, elle partait voir le vieux Faulk. Ce vieil homme à l’allure sèche dont la peau parcheminée témoignait de son grand âge, semblait tout connaître et avait une voix vibrante dès lors qu’il contait ses aventures de jeunesse. Elle passait ses journées à écouter, et à remplir ses oreilles de toutes les merveilles que le vieux lui racontait. Il lui parlait de ses voyages dans l’hyperespace, des étoiles qu’il avait découvertes. Il avait ce talent rare qui fait que dès lors qu’il parlait, il s’attirait aussitôt l’attention des autres. En recevant ce diplôme qu’elle estimait avoir mérité, elle tentait de s’imaginer la réaction du vieux Faulk. Mais elle le devinait, une fois encore, il la surprendrait. Elle se demanda pourquoi elle avait choisi ces études et non celle de scientifique spécialisée en biotechnique, comme elle voulait tout d’abord le faire. Sûrement pour pouvoir, comme le vieux Faulk, voir le monde d’un autre œil et, lorsqu’elle aurait atteint l’âge de la retraite, raconter à ses petits enfants toutes les aventures qui auraient rythmées sa vie. A ce moment là, elle saurait qu’elle avait réussie sa vie, quand elle pourrait tenir des années avec comme seule pensée, les souvenirs. Ces souvenirs, dont elle serait l’origine. Elle descendit l’estrade et, d’un pas chancelant, elle se dirigea vers ses parents. Les mots lui manquaient. Déjà, sa mère la serrait dans ses bras et la félicitait :

-Je suis tellement fière de toi, Lyyv, tu as vu ! Agena ! C’est un des meilleurs. Je suis sure que tu feras de grandes choses. J’en suis certaine.

Pendant ce temps, son père se contentait de sourire, c’était sa manière à lui d’exprimer ses sentiments. 

Les jours suivants furent emplis de nostalgie. Il était temps de faire ses bagages, de se dire au revoir… ou adieu. Lyyv se contenta de quelques poignées de mains et elle partit. Elle n’eut pas un regard en arrière pour l’université, le lieu où elle avait passé tant de temps. Un taxi magnétique se gara devant elle. Il était venu le moment de partir. Le chemin fut assez long mais, plongée dans ses pensées, Lyyv ne le vit pas passer. Elle ne sortit de ses songes que lorsque les immeubles s’espacèrent et que le brouillard se dispersa. Elle paya le chauffeur et respira, remplissant ses poumons de l’air frais de la campagne. Elle s’émerveilla devant les arbres qui bordaient la route et les immeubles assez espacés pour pouvoir passer entre avec une magnéto-auto. Ce n’est pas à Oclaas qu’elle verrait ça. Là-bas, chaque espace était calculé de façon à ne pas être trop grand. Il ne fallait surtout pas perdre de place car chaque petit mètre carré pouvait servir et rapporter de l’argent. Elle marchait d’un pas rapide, pressée de retrouver ses parents. Bientôt, la silhouette familière du bâtiment 8697.067198 se profila et Lyyv se sentie soudain rassurée. La voix sur le répondeur holographique la fit sourire et c’est avec une joie non feinte qu’elle se jeta dans les bras de sa mère. Le repas se passa sans problèmes, tout le monde semblait heureux. On projetait des sorties pour les jours à venir en effet, il fallait que Lyyv reçoive un ordre officiel de rejoindre le vaisseau où elle avait été nommée. Elle avait donc quelques jours devant elle, un mois pour être précis car elle devait attendre que le bâtiment Agena fasse escale. Les vaisseaux de ce type étaient envoyés par l’armée car ils étaient particulièrement adaptés pour la recherche de nouvelles planètes. La colonisation ne cessait jamais et chaque jour les besoins de la population augmentait, poussant toujours plus loin les limites de la technologie et des sciences. Les équipages étaient principalement composés de scientifiques ainsi que de quelques techniciens et d’ingénieurs qui avaient pour fonction de s’occuper de l’entretien et du pilotage du vaisseau. Bientôt, Lyyv en ferait partie, elle avait été étonnée du vaisseau dans lequel elle avait été affectée, ceux-ci étaient rangés par ordre alphabétiques et portaient des noms d’étoiles : un nom commençant par un A signifiait que le l’appareil était important et connu. Elle ne savait que penser de cela, partagée entre la fierté bien sur mais aussi la crainte de ne pas être à la hauteur. Sa mère lui sourit ; elle sut à ce moment que quoi qu’elle fasse, il y aurait toujours ses parents pour la soutenir et l’aider. Elle réalisa que depuis son entrée à l’université, elle n’avait pas souvent pris le temps de parler avec eux, tout simplement. Mais à présent qu’elle entrait dans la vie active, elle ferait de son mieux pour ne pas les négliger. Le lendemain, Lyyv partit retrouver Faulk, pressée de lui annoncer la bonne nouvelle. Le vieil homme l’attendait, ses yeux bleus clairs la scrutaient. Elle avança lentement, Faulk lui proposa un siège Lyyv accepta volontiers et s’assit. La pièce dans laquelle ils se trouvaient était petite, le sol était recouvert de tapis colorés et les murs disparaissaient sous des tentures brodées. Elle commença :

-Je voulais vous annoncer quelques choses.

Le vieil homme sourit et devina :

-Je suppose que tu as obtenu ton diplôme vu ton sourire et l’éclat que je lis dans tes yeux.

Encore une fois, il avait deviné. Elle poursuivit :

-J’ai eu la meilleure mention et j’ai été affectée au vaisseau Agena.

Faulk souriait toujours. Il s’exclama tout d’un coup :

-Fêtons cette bonne nouvelle avec une bonne tasse de thé.

Lyyv fronça le nez : elle détestait ce vieux breuvage que plus personne ne buvait plus depuis des siècles mais elle était trop heureuse de retrouver le vieil homme pour refuser. Pendant que des bruits étranges sortaient de la cuisine, elle regardait autours d’elle. Chaque meuble semblait venir d’une planète différente. Sur une petite commode argentée était posé un coffret. Il attira aussitôt son regard car il était fait d’un matériau qu’elle ne connaissait pas. Jetant un coup d’œil discret vers la cuisine où Faulk semblait très occupé, elle s’avança vers l’étrange objet. Cette petite boîte l’impressionnait, elle posa un doigt sur son couvercle, caressa les veines étrange et admira une fois encore la couleur de l’objet. Il était brun, agréable et tellement nouveau pour elle qu’elle ne parvenait pas à en détacher les yeux. Sans se presser, elle souleva le couvercle. A l’intérieur, une feuille de papier numérique diffusait des images : des analyses génétiques, des sortes de végétaux que Lyyv ne connaissait pas, des échantillons d’épidermes, de terre, de feuilles… A quoi pouvait-ce bien servir ? Elle toucha l’icône au coin de l’écran pour accéder au menu. Sous ses yeux s’étalait des textes, en y regardant de plus près, il s’agissait de légendes, de légendes pour enfants. Soudain, un bruit retentit derrière Lyyv qui ne put s’empêcher de sursauter. Le coffret se referma brusquement, enfermant la feuille de papier numérique. Faulk était assis sur une petite chaise qui n’avait pas de pieds, elle se contentait de léviter. Le vieil homme regarda la jeune femme et un silence résonna dans la pièce. Puis il parla d’une voix que Lyyv ne lui connaissait pas, une voix mystérieuse et inquiétante à la fois, une voix qui la figea sur place.

-Alors tu as trouvé le coffret… D’une certaine manière, je m’y attendais et je suis content que tu l’aies fait.

Ravalant sa salive, Lyyv prit son courage à deux mains et répondit :

-Qu’est-ce que c’est ? L’avez-vous placé ici pour que je le trouve ?

Il sourit.

-Oui et non… J’espérais que tu le trouverais pour que je puisse tenter de te convaincre. J’aimerais tant être à ta place… Avoir tout mon temps…

-Je ne comprends rien… Qu’est-ce que ça veux dire et qu’attendez vous de moi ?

Une pointe de panique fit dérailler sa voix. Le vieil homme lui tendit une tasse et l’invita à s’assoir près de lui. Puis, il prit la parole :

-Lors de ma jeunesse, quand j’étais un simple pilote, je m’étais intéressé aux légendes à propos de La Terre. Il me semblait qu’elles n’étaient pas si… naïves et qu’il existait peut être un fond de vérité dans ces petits récits pour enfants.  Je me suis donc jeté corps et âmes dans cette recherche, au début, c’était laborieux et je trouvais peu d’informations puis je me suis peu à peu fait connaître et les gens m’aidaient. Ils me considéraient un peu comme un bohème, un homme qui poursuit ses rêves. Au fur et à mesure, je faisais la connaissance de scientifiques, je récupérais des documents dans les archives et je reçus même en cadeau ce coffret très ancien fait en bois, et étant donné qu’il est aujourd’hui interdit d’abattre un arbre, il s’agissait réellement d’un cadeau d’une grande valeur. Je quittais bientôt le prestigieux bâtiment dans lequel je travaillais pour un petit vaisseau d’exploration. Avec quelques amis, je me mis à chercher La Terre. Nous visitâmes énormément de planètes, nous étions des hommes marginaux, des poursuiveurs de chimères. Peu à peu, mes coéquipiers prenaient leurs retraites et il me fut bientôt interdit de piloter à cause de mon âge. Comme j’aimerais être à ta place ! Etre jeune et avoir des années devant moi à consacrer à cette recherche… Mais que veux tu, quand on atteint ses cent vingt ans, il n’est plus possible de poursuivre. Mais quand un jour tu es venues frapper à ma porte, intriguée par cet homme qui s’était installé près de chez toi, je me suis tout de suite mis à te raconter ma vie, je me confiais à une enfant. Je ne savais pas pourquoi je le faisais et c’est seulement aujourd’hui que je comprends : inconsciemment, je voulais que tu choisisses la même voie que moi, je voulais que tu puisses finir ce que je n’avais que commencé. Aujourd’hui je te vois,            fière d’avoir été nommée au poste du bâtiment Agena, mais sais-tu seulement en quoi consisteras ton travail ? Non.

Il soupira de nouveau. Lyyv avait peur de comprendre : l’avait-il forcée à devenir ce qu’elle était aujourd’hui ? Et elle, regrettait-elle la            voie qu’elle s’était choisie ? Au fond d’elle, elle le savait : elle ne regrettait rien. Un silence pesant emplissait la pièce, chacun perdu dans ses pensées. Puis Lyyv esquissa un sourire elle murmura :

-Je vais poursuivre ton œuvre, Faulk, je vais trouver la Terre…

 

Axelle BIHAIS-3ème - 2010

©Tout droit de reproduction est interdit.

Par CDI - Publié dans : ECRITOIRE
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 17:29
ALBUM POUR CEUX QUI N'AIMENT PAS TROP LIRE... de 8 à 88 ans

Bosnie 1992, la guerre approche.
Viktor, la petite Marina et leur maman doivent faire rapidement leurs valises et fuir. Le garçon, sa mère et sa petite sœur Marina  s’enfuient pour échapper aux horreurs de la guerre tandis que le père part rejoindre les combattants clandestins.
Quand retrouveront-ils leur papa ?
Forcées de tout abandonner, sans savoir ce qui les attend, plusieurs familles se retrouvent alors sur la route.

Inspirée de faits réels, l’histoire universelle et pleine d’espoir d’une famille poussée à l’exil par la guerre.
mots-clés : guerre- exil-clandestinité-
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 17:27
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 17:24
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 17:20
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